Pourquoi faire de la prépa., c’est pas une bonne idée?

Lutte mécaniqueOn a compris, Henri Louis, toi aussi tu as les mains qui te démangent, des fourmis au bout des doigts et des poignets hyperlaxes. Tu te dis, «  le builder inside you, c’est un peu moi aussi », qu’il ne demande qu’à s’exprimer et à hurler son talent en révélant la beauté des bécanes. Tout feu, tout flamme, comme un jeune oisillon volant pour la première fois de ses propres ailes – attention au mur ! – , le cerveau en ébullition, des idées par milliers, fort de ton bon goût et de ton sens inné de l’esthétisme, arborant avec fierté ton petit kit de mécano encore sous cellophane, tu te lances. Et là, aïe, Henri Louis, petit oisillon enthousiaste, le mur était pour toi…Comme à notre habitude, altruistes et soucieux du bien être de nos lecteurs, voici en avant première, tout ce qu’il ne faut pas savoir si tu veux un jour te lancer dans la prépa.

  • Les siestes, les apéros, tu oublies. Se prélasser sur un canapé pendant des heures en se demandant s’il est plus judicieux d’aller manger des sushis ou une pizza, si t’appelles Marcel ou Chantal pour qu’ils t’accompagnent, oublies. S’abandonner, cocktail proche des lèvres à la contemplation des vagues et de leur ressac, même pas en rêve. Aujourd’hui, ton emploi du temps est hyper simple : MANGER – MOTO – DODO.
  • Ton cerveau subit soudain une transformation étrange. Ton Custom ta femmequotidien est désormais sous la coupe de ton passe-temps, tes sens ne t’appartiennent plus, et la vie, à travers ce prisme inquiétant devient une customisation permanente et fiévreuse. La nuit, au lieu de rêver, tu cogites et passe des heures à customiser ce qui t’entoure : ton repas, tes enfants – à qui tu trouves salutaire de fixer un silencieux et un bouton d’arrêt d’urgence , ta mère et la voisine.
  • Si t’as pas des nerfs d’acier, le
    5.1.5

    Fernand Léger – Le Mécanicien

    custom aura ta peau. Adversaire pervers et insaisissable, le custom s’éclate à savoir combien de temps tu vas tenir avant de balancer, rageur, tes outils neufs contre les murs de ton atelier. Ce perfide ennemi prend un malin plaisir à modifier tes côtes de 0,0001mm, pourtant soigneusement prises la veille, à inventer une panne électrique qui n’existait pas la minute précédente, t’obligeant à vérifier, câble après câble, où peut se dissimuler cet insondable et minuscule court-circuit et aime par dessus tout, te faire démonter, remonter, démonter, remonter ton moteur afin de comprendre pourquoi, mais pourquoi!!! cette saleté de moto ne démarre pas.

  • Tu as tout donné, ton coeur, tes tripes, ta vie pour cette prépa. Et quand tu la sors pour la première fois, l’avalanche de compliments sous laquelle tu t’attendais étouffer se transforme « ah, ouais, pas mal, mais t’aurais du…. », « c’est normal que ….? », « déjà-vu ». Mets ça sur le compte de la jalousie et de la frustration, ça te remontera la moral !
  • Et comme tu reprends un peu confiance, et qu’avec dédain tu décides d’ignorer ces remarques de non-connaisseurs en mettant plein gaz, ta moto cale, toussote, éructe et s’immobilise sous le regards amusés de tes détracteurs. Ben oui, parce que ta moto custom est longtemps, très longtemps à l’essai, une prépa, ça ne se lâche pas en pleine nature, on la teste, on la règle, on l’assouplie et on l’apprivoise.
  • La moto, cette femme envahissante, en veut toujours plus. Insatiable et insatisfaite, tu ne pourras jamais la contenter. Tu lui offres un carbu propre et nickel, elle te réclame un guidon bracelet, tu lui donnes du Motogadget, elle te lance au visage le catalogue de chez Kustom Tech.
  • Tu fais un petit peu peur aux personnes plus classiques. Ta mauvaise 4e013f750211thumb2haleine – à force d’avoir utiliser ta bouche comme aspirateur à essence – incite les gens propres-sur-eux à ne plus t’adresser la parole afin d’éviter que tu n’aies à leur répondre, certains commerçants refusent tes achats parce que tes ongles noirs de cambouis ça fait mauvais genre et tes voisins changent de trottoir pour ne pas avoir à serrer tes mains sales.
  • CQFD : tous tes copains sont motards. Tes centres d’intérêt pointus mais peu nombreux, où il est question du profit d’ajouter un cache chaîne en 3 tomes et 10 volumes, tes conversations sentent l’essence et la pièce unique à plein nez et ton vocabulaire ne comporte désormais que des mots à consonance mécanique.

Et si malgré tout, Henri Louis, tu te dis « même pas peur. Je vais venir, voir et vaincre ! », s’ouvre à toi, alors, une gloire présente et posthume, un plaisir inénarrable à rouler sur ta moto unique et  originale – un petit bout de toi en somme, la fierté d’avoir remporter ce combat à mains nues, l’euphorie de capter le regard admiratif des passants et des inconnus qui prennent ta bécane en photo. Moralité : Ca se tente !

Crédit photo à la une : Thomas Caplain

5 replies on “Pourquoi faire de la prépa., c’est pas une bonne idée?

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