4Un peu d’anthropologie ne fait pas de mal – jamais avant le café et surtout sans gluten aurait tendance à rappeler ce bon vieux Emmanuel K. – et afin d’insuffler à ce début d’hiver un peu d’esprit de Noël et de charité bien ordonnée, avec beaucoup de bonne volonté et une objectivité aux frontières du réel, on a décidé, courageusement, de mener notre petite enquête. Grâce à une paire de lunettes adaptée, à Wikipédia – c’est te dire la fiabilité de cette étude – et à l’exégèse de tout un tas de merveilleuses citations fleuries glanées sur le web, le résultat est sans appel : non, décidément, N-O-N, nein, ich liebe dich et no comprendo, un hipster ne saurait se revendiquer motard.

Loin de nous la condescendance de t’expliquer ce qu’est un hipster, cet être aux frêles épaules, qui, à lui seul, possède cette capacité quasi supra-humaine d’attirer sur sa personne désaveux haineux, dédains méprisants et courroux pour des siècles et des siècles, et, qui a depuis quelques années, pris cette bizarre initiative : celle de se déplacer à moto. Mais pourquoi, cher hipster, tends-tu si généreusement tes flancs sponsorisés Iron&Resin pour te faire battre?

  • 1Est-ce qu’un marathonien oserait discuter petite foulée et rythme cardiaque avec un athlète rompu qui se tape l’Iron Man ? Est-ce que ton prof de bikram yoga se hasarderait sur le terrain glissant de la méditation avec un moine tibétain ? Bienheureux ce cycliste du dimanche qui cache sa honte et son vélo derrière le premier buisson venu pour ne pas heurter la sensibilité du coureur du Tour de France. Et pour la moto, c’est pareil. On le sait tous, il n’y a qu’une façon de faire de la moto. Et c’est pourtant simple à retenir comme concept : rouler matin, midi et soir. Contre vents et marées, par moins 15 et vent force 8, sous soleil brûlant ou par pluies torrentielles, devant les 4 cavaliers de l’Apocalypse et les 10 plaies d’Egypte, un motard ne plie pas, un motard ne rompt pas, un motard ne rend jamais les armes, jamais, sous peine de perdre son titre. Qui, mais qui ?!? t’as donc autorisé, à prendre ta moto pour aller boire un apéro en terrasse ou profiter de bucoliques rides dominicaux ? Ca fait un baille qu’on te l’avait pourtant expliquer : y’à les bons et les mauvais chasseurs – référence douteuse qui tend à démontrer que l’auteur de cet article édifiant n’est plus de la première jeunesse…-
  • 2Et tout ceci devient extrêmement pénible car on a beau lui crier haut et à grand coup de caricatures qu’on ne veut pas de lui ici, le hipster s’entête et pire, ne sait pas s’arrêter. Non content de s’approprier des domaines pointus et variés – pour certains, on lui laisse volontiers -, de distiller son anticonformisme à priori dans la mode, la musique, les perf’ visuelles ou Star Wars épisode VII, le hipster s’est mis en tête de choisir sa moto. Evidemment, il n’allait pas s’enticher de modèles sans âme et sans histoire, flambant neufs et sortis d’usine, et c’est donc vers le vintage qu’il se tourne. Du coup, des bases promises à la casse pullulent dans les rues, les bons plans de préparateurs avertis fondent inexorablement comme ces foutus M&M’s que t’as naïvement gardés une matinée dans la main pour voir si la pub dit vrai, et les enchères flambent. Et comme il est trop occupé à couper les cheveux d’ Aaliyah en huit et que jusque lors – mais l’avenir est une chose incertaine – la mécanique et les clefs de 12 ne font pas encore partis de son univers, le hipster ne sait pas prendre soin de sa vieille bécane. Et donc, pour assouvir son rêve d’individualité et de différence, il va, non ! l’insolent ! demander conseil, voir même, rétribuer, des artisans, pousser les portes d’ateliers indépendants et contribuer à leur essor. Le hipster ne recule devant rien.
  • Et si le hipster semble avoir cette fâcheuse tendance à ne pas être hyper doué de ses dix  doigts et de ses deux mains gauches, sans doute toujours trop occupé à couper, en vingt huit cette fois, les cheveux d’ Aaliyah ou à tapoter avec allégresse et désinvolture sur son Mac Pro Retina, il est en revanche plutôt bon en com’ digitale et se permet d’organiser des events – oui, on dit events – avec pour thème, la moto custom. Et là, horreur, car non seulement l’univers moto mais plein d’autres choses très chouettes – tatoos, vêtements home made, design, photo, bla bla bla –  sont mises en lumière et démocratisées, mais pire – quand on vous disait que le hipster ne recule devant rien – il ne t’oblige pas à t’y rendre ! Genre, si le concept te plaît pas, tu peux rester chez toi, ou finir ton tricot, ou nettoyer tes jantes ou profiter de la journée pour rouler dans le petit vent fais du matin.3
  • Ultime hérésie – enfin, ultime…je m’avance beaucoup…je ne doute pas une seconde que ce bon vieux hipster est encore mille fois coupable et auteur délinquant multi-récidiviste d’actes innommables qui m’auraient échappés – de ce rejeton insolent et mal éduqué, il décide de sacrifier sur le grand bûcher de la sécurité et de l’uniforme, les panoplies cuir renforcées et le casque intégral au profit du look. Comme si la terre pouvait tourner – en 24 heures chrono – , le monde évoluer et de nouvelles techniques permettre l’adjonction de protections en Kevlar, comme si ton blouson Roland Sands ou ta chemise John Doe parce qu’ils ne sont pas aussi moches – ou différemment moches – des cuirs adoubés pouvaient te protéger!?! C’est sûr que ça sent la frivolité et le commerce ultra lucratif pour des marques qui ont tout compris, mais on était pas sensé être occupé à rider plutôt que mater ce qui se passe chez ton voisin ersatz de motard ? Parce que son petit cache bouche en soie – lavage main recommandé – défigure pas vraiment le paysage et perso, je trouve ça carrément charmant. 5

5 replies on “Hipsters : know your limits !

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.