Sujet bac moto : ton baptême du Wheels, c’était comment ?

Je vais te mettre de suite à l’aise, Irving de la Playa, si en lisant ces lignes tapuscrites à la sueur de mes troisièmes phalanges véloces, tu te délectes par avance de vivre par procuration ou de re-vivre avec effusion tous les illustres et déjà légendaires rides en pays Navarre en une exploration jouissive et communautaire au coeur de sa nature sauvage, l’intensité presque suffocante d’une Punk’s Peak – qui en plus, n’a pas eu lieu !-  ou la profondeur toute artistique d’un Artride qui changerait pour toujours ton regard de motard un peu engourdi sur le monde, ben laisse moi te dire que t’es super mal tombé ! Dans cette étude philo-techinco-commerciale, on parle plutôt de bouffe, de lobito et de carrière avortée. Thèse, antithèse synthèse.

Bienvenue au village : les déboires d’une vendeuse hors-pair mais qui s’ignore

Tu le sais déjà, tout futé que tu es, Irving de la Playa, on choisit pas sa famille. Laisse moi te dire qu’on ne choisit pas son Wheels non plus ! Le mien, il fait 2 mètres sur 5, a de jolis reflets couleur tente militaire, a coûté une hypothèque sur mon T2 avec vue sur la rocade et dont je ne suis même pas propriétaire, et, si t’es pas peu fière de pénétrer dans le village, avec, à ton poignet, le bracelet exposant – que je garderai sans doute à la vie à la mort et jusqu’à ce que gangrène s’ensuive – ça limite un poil ton champ d’expédition. Surtout, si tu t’aperçois, au bout de quelques minutes, qu’être commerciale, c’est un job à plein temps et que pour vendre tous ces beaux produits #homemadedanslesuddelafrancethebuilderinsideyou, ben il faut faire l’article. Tout ça parce que ta marque, – oui, parce que 21 Grammes Motorcycles fait aussi des tees et des bracelets d’exception pour ceux qui auraient pas tout suivi, et, comme quoi, je me débrouille pas si mal en placement de produits ! – qui fleure bon l’authenticité et l’entreprise familiale – on est deux, en fait -,  elle tient pas vraiment la route face à des colosses dont la réputation précède le jour où ton père a osé inviter celle qui deviendra un jour ta maman pour un dîner un peu plus que romantique aux chandelles du Bistro Romain d’à côté. Et comme j’ai une volonté d’alu proche de zéro, après m’être fait une raison sur les coups de l’apéro de 16h30, j’ai décidé de changer de carrière pour recouvrir mon uniforme de oisive professionnelle et enfin profiter de mon Wheels.

Des yeux de bébé

Je vais te faire l’impasse, Irving de la Playa, sur le point météo – et pourtant, ce doit être le sujet de prédilection de la manifestation, devançant joyeusement les discours mécaniques et autres allégations sur motorisation avancée, mais bon, t’as pas encore 70 ans -, faire fi des détracteurs qui pensent que c’était mieux avant parce que moins commercial, moins Harley, plus intimiste – parce que de toutes façons, avant, j’étais pas là – pour poser mon regard de bébé naïf sur cette grande fête du custom. En avant la niaiserie, mais bon, c’est le tarif quand t’es sous le charme.

Imagine, un champ de bécanes hétéroclites, baroques, où les limites et les codes du custom à papa n’ont plus vraiment cours. On en a rencontré quelques uns de ces petits jeunes au talent fou qui se lancent avec modestie et passion, loin des clichés, loin de la foule, et qui réalisent des motos à leur image parce que la vente est un accessoire futile, parce qu’ils se lancent tête baissée dans une accélération intuitive sans penser au platane qu’est la dure loi du marché – articles à suivre, maitrise de l’auto-promo impecc’.

Imagine, un camp de vacances à l’échelle d’une ville où tu apérotes avec des papis, des minots, des barbus, des hipsters, des bikers endurcis, des motardes intrépides dans une sainte communion de bonne humeur et d’échanges. Tu parles motos, tu parles météo, tu partages ton pain, ton vin, ton diplomatico et tu fais partie d’une communauté qui oublie le temps de quelques jours, ses luttes assassines sur fond d’autorité suprême pour la détermination du motard parfait. Tu rencontres enfin ceux qui, jusque lors, n’étaient que des photos de profils numériques, tu sers la main de mecs que t’admirent, tu supportes la promiscuité des bungalows pour apprécier des retours de soirées chaleureuses sur des terrasses en teck.

Imagine, une région pas vraiment moche-moche, qui se plie à tes envies d’évasions, qui t’offre un petit déj’ face à l’Océan, surfeurs sans supplément, avec un sens de l’hospitalité à la limite de la décence – c’est infernal, parce qu’on s’habitue vite ! – , des rues bondées tard dans la nuit et des repas gargantuesques à base de spécialités locales qui t’obsèdent à tel point qu’après tes 4 heures de sommeil, tes dents lavées et ton triple ristretto ingurgité, tu te demandes juste, quand est ce qu’on mange?

Synthèse : Silence.  De retour dans mon insonorisé T2, le bruit des moteurs me manque, – heureusement qu’il me reste la vue sur la rocade – même celui de KessTech, le stand d’à côté, dont les doux vrombissements pour une démo à l’appui et à intervalles réguliers – toutes les deux minutes, quoi ! – couvrait nos palabres animées ou nos tentatives de siestes. Les gars : faites du bruit et à l’année prochaine !

Spéciale dédicace à Smokey Joe, colocataire de stand perfectionniste, un peu désaxé et si bien attentionné, à ses cheveux si bien agencés et à sa soif de vivre, non j’déconne, à sa soif tout court !, encore merci pour tout le mal infligé à mes abdos.

 

 

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